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FAUT-IL RESPECTER LES LOIS ?

FAUT-IL RESPECTER LES LOIS ?

FAUT-IL RESPECTER LES LOIS ?

 

Les camerounais ont particulièrement un souci avec le respect des lois.

L’affaire Ndedi Eyango a permis de mettre en lumière au moins une chose : les camerounais n’aiment pas respecter les lois. En effet, en lieu et place d’un débat sur  « Ndedi Eyango a-il violé la loi ou pas, en prenant une double nationalité » on s’est retrouvé avec un débat sur  « La double nationalité et le fait que d’autres en ont aussi, pourquoi pas lui »

L’affaire Ndedi Eyango a permis de mettre en lumière au moins une chose : les camerounais n’aiment pas respecter les lois. En effet, en lieu et place d’un débat sur « Ndedi Eyango a-il violé la loi ou pas, en prenant une double nationalité » on s’est retrouvé avec un débat sur « La double nationalité et le fait que d’autres en ont aussi, pourquoi pas lui »

Au Cameroun nous avons deux problèmes: La morale publique et la jeunesse qui ne veut pas changer, qui veut ressembler à nos ainés...

Hier soir j’en discutais avec mon petit frère et son argument qui revenait était celui selon lequel les responsables administratifs qui font les lois ne les respectent pas non plus. Soit. Mais est ce une raison pour nous de les suivre ?

De l’intérêt de respecter les lois.

Si les citoyens doivent respecter les lois, c’est essentiellement pour deux raisons.

Tout d’abord, les citoyens sont, au moins indirectement, les auteurs des lois. La Souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants

Par ces deux modes d’expression (élection de leurs représentants, vote d’une loi directement par procédure référendaire), les électeurs sont à l’origine des lois en vigueur en France. Dans ces conditions, ils sont moralement contraints de les respecter dans leur vie quotidienne, qu’il s’agisse de textes ayant trait à leur vie privée ou de textes relatifs à leur vie professionnelle. L’auteur, même indirect, d’une loi, ne peut se dispenser de son application.

Ensuite, les citoyens sont obligés de respecter les lois afin de permettre une vie en société organisée et d’éviter le développement de la loi "du plus fort". On serait alors dans une situation proche d’une véritable anarchie, chacun agissant selon son bon plaisir, sans souci de la règle commune. L’obligation pour tous les citoyens de respecter les lois est la meilleure assurance que la liberté, les droits et la sécurité de chacun d’eux soient garantis de manière effective.

Il faut enfin rappeler que le non respect des lois constitue toujours une faute qui, le cas échéant, peut conduire à de lourdes sanctions pénales.

Il n'y a pas besoin d'aimer pour respecter les lois ; le respect étant une valeur morale essentielle...

 

..............................................................

 

 

Vu d'ailleurs

 

 

FAUT-IL RESPECTER LES LOIS ? 

C’est parce que le mal existe que les lois sont nécessaires. La référence à la bonté naturelle des hommes – que la société aurait pervertie – est d’ailleurs le seul argument sérieux des anarchistes qui défendent l’absence totale de lois. Si, en revanche, nous pensons que le mal est une réalité humaine, qu’il existera toujours des individus menaçant la vie des autres ou l’équilibre de la société, alors il faut des lois pour dire les règles communes, ce qu’encourent ceux qui les violent. = définition de la loi : une règle organisant la vie ensemble + la sanction prévue en cas de désobéissance, où l’on voit donc déjà qu’une loi au sens juridique n’est pas une loi au sens moral, la loi au sens moral étant universelle et non simplement générale comme la loi au sens juridique, la loi au sens moral ne s’accompagnant pas d’un pouvoir de sanction puisque c’est ma volonté seule qui doit être à l’origine de l’action morale, non la crainte de la sanction Et il faut un pouvoir pour leur imposer ces sanctions. 

Mais ce n’est pas simplement parce que le mal existe qu’il faut des lois. C’est aussi, et peut-être surtout, parce que la vengeance est la réaction naturelle de l’homme au mal qui lui est fait. 
Dans le monde d’avant les lois, hypothétique mais parfois nommé « état de nature », les hommes s’affrontaient sans relâche pour imposer leur « loi » : la « loi » du plus fort. Mais le plus fort n’était jamais assuré de rester le plus fort, jamais à l’abri de la vengeance d’un « faible » ; il avait peur lui aussi. Une vengeance en appelait une autre, sans aucun souci de proportion, sans espoir d’apaisement. 
Les lois, en prévoyant la sanction que la société réserve au criminel, ont vocation à mettre un terme au cycle inépuisable de la vengeance . Le respect des lois serait donc la preuve de la civilisation de nos pulsions, et plus particulièrement de notre arrachement à cette logique de la vengeance qui est notre triste privilège – a-t-on jamais vu, en effet, un animal se venger? Il faudrait alors, pour s’arracher à cette violence primitive, respecter les lois.
Pourtant, nombreux furent en Allemagne les nazis, ou en France les collaborateurs, qui invoquèrent le respect des lois pour justifier leurs actes. Ils n’ont fait « qu’obéir aux lois » : telle fut souvent, à l’heure de leurs procès, leur seule défense. Si le respect, ou en tout cas l’obéissance aux lois, [ distinction conceptuelle respecter les lois / obéir aux lois, que vous devez expliciter en intro, cf note 2] peut être le moyen de s’arracher à la violence primitive, il peut donc être aussi le prétexte d’une collaboration à la barbarie moderne.
Tout aussi ambiguë, la désobéissance aux lois peut exprimer parfois un comportement citoyen. En 1968, Martin Luther King a été emprisonné pour avoir manifesté contre des lois racistes. Depuis, les rebelles d'Amérique ou d'ailleurs se réclament souvent de lui pour justifier une désobéissance aux lois qui, parfois, n’exprime rien d’autre que leur incivisme. Probablement n'ont-ils pas lu sa " Lettre de la geôle de Birmingham" : " je ne recommande en aucune façon d'enfreindre ou de défier la loi ( … ). Cela conduirait à l'anarchie. Celui qui viole une loi injuste doit agir ouvertement, avec amour (…) et accepter volontairement le châtiment qu'il encourt. Je soutiens que quiconque enfreint une loi parce que sa conscience la tient pour injuste, puis accepte volontairement une peine de prison afin de soulever la conscience sociale contre cette injustice, affiche en réalité un respect supérieur pour le droit ". 
Voilà qui ne facilite pas notre réflexion. 

Énoncé d’un paradoxe, visant à montrer que la question se pose: D'un côté, l'obéissance aux lois peut nous rendre complice de crime contre l'humanité.
De l'autre, la désobéissance peut révéler un amour supérieur du droit, et donc de la société.
Faut-il alors respecter les lois ? Suffirait-il, pour répondre, de distinguer les bonnes lois de celles que nous devons combattre ? 
Lorsque nous estimons que la loi de Vichy enjoignant les juifs à porter l’étoile jaune est une loi mauvaise, c’est au nom de la morale que nous la refusons. Mais la morale peut elle vraiment nous dire ce qu’est une « bonne loi » ? La loi française imposant de raccompagner à la frontière des clandestins vivant en France depuis des années et n’ayant pas d’attache dans leur pays d’origine est-elle une « bonne loi » ? Qu’est-ce même qu’une «bonne loi»? Celle qui, en Californie, condamne l’auteur d’un crime de sang à la peine de mort ou celle qui, en France, le condamne à une peine de seize ans, rendant possible son rachat mais aussi sa récidive ? Ces exemples le montrent déjà: la morale peut nous souffler parfois qu’une loi est mauvaise, mais elle est impuissante à dire qu’une loi est bonne. Parfois aussi, elle semble congédiée, balayée par l’obéissance aux lois. Les allemands, qui étaient loin d’être tous antisémites et respectaient les excellentes lois humanistes de la République de Weimar, ont respecté tout autant les lois nazies qui les ont remplacées. Pourquoi ? 

C’est peut-être qu’il n’y a pas que les lois qui sont bonnes ou mauvaises, mais aussi notre façon de les respecter ou de les refuser… Peut-être ces allemands avaient-ils une mauvaise façon d’obéir aux lois de Weimar, expliquant qu’ils n’aient pas su, ensuite, désobéir … Si, donc, c’est une question de manière, ou d’attitude, la question devient alors : comment devons nous respecter les lois ? Automatiquement, en « bon citoyen » qui applique les lois démocratiques de son pays ? Mais alors qu’est-ce qui nous distinguera de ces allemands qui ont obéi, dans un même « réflexe citoyen », aux lois de Weimar puis à celles du nazisme ? 
Explicitation de la problématique, ici simplement suggérée, mais qui doit être posée clairement au concours : faut-il simplement obéir aux lois, les appliquer automatiquement ou au contraire toujours essayer d’y réfléchir pour savoir si elles sont ou non respectables ? Autrement dit (problématique justifiée, assise sur une distinction conceptuelle) : faut-il simplement appliquer les lois ou véritablement les respecter, ce qui pourrait alors impliquer que nous sachions aussi parfois désobéir ?

I. Il faut appliquer automatiquement les lois pour se préserver d’un retour à la violence primitive 

constat Cette question du respect des lois, la grande majorité des hommes ne se la pose pas, ce qui tient évidemment déjà lieu de réponse. Il faut bien avouer que notre obéissance aux lois, chaque jour, lorsque nous nous arrêtons au feu rouge, lorsque nous respectons les lois de notre pays, n'est pas le fruit d'une réflexion, mais un automatisme, une habitude. Tout se passe comme si nous n'avions pas le choix, ou autre chose à faire : un rendez-vous à ne pas manquer, un salaire à gagner... Nous vivons en démocratie, nos représentants ont débattu des lois, pourquoi donc cette question ? D’ailleurs, la poser simplement, c'est déjà déranger, être regardé comme un adolescent puérile, ou un de ces philosophes aux questionnements si vains. La réponse, positive, coule de source; elle fuse, aussi automatique que notre obéissance quotidienne aux lois.

questionnement Un tel empressement à obéir aux lois éveille évidemment le soupçon. Cette obéissance n'est-elle pas la marque d'une servilité plus que d'une citoyenneté ? N’est-elle pas grégaire plus que civilisée ? Considérons une file d'attente. Nous y prenons notre place, en arrivant, respectant sans réfléchir cette règle commune. Chacun aurait intérêt à passer devant les autres, mais si chacun essayait de le faire, le désordre ralentirait tout le monde. La règle commune avantage ainsi l'ensemble de ceux qui s'y tiennent. Difficile de parler de servilité, de bêtise grégaire, quand un tel respect de la règle, en conduisant à un avantage mutuel, traduit une forme d’intelligence sociale. Notons d’ailleurs que cette règle, pour permettre cet avantage mutuel, n'a pas besoin d'être parfaitement légitime, « bonne » ou morale (l’ordre d'arrivée déterminant l'ordre d'attente est un principe discutable: pourquoi pas l'âge, la maladie, l'emploi du temps ?...); il suffit qu'elle soit respectée. Peu importe la règle, pourvu qu’elle soit appliquée... 
Prenons, pour le comprendre, un exemple plus radical. Deux malfaiteurs, qui ont commis un meurtre, se font interpeller dans une voiture volée. La police, convaincue qu’ils sont les auteurs du meurtre, mais sans preuves, prend chaque malfaiteur à part en lui proposant le pacte suivant: "si tu dénonces ton acolyte pour le meurtre, tu n'auras pas dix ans de prison pour meurtre mais seulement un pour vol de voiture". Si les malfaiteurs ne se sont pas préalablement entendus sur une règle, ils risquent de témoigner tous les deux contre l’autre (dix ans de prison chacun), ou de se taire tout en étant dénoncé par l'autre (dix ans pour l'un, un an pour l'autre). Mais s'ils se sont auparavant mis d’accord sur une règle commune ( la « loi du silence » par exemple ) ils vont se taire et y gagner tous les deux (un an de prison chacun simplement) . C’est ici flagrant : la règle n'a pas à être morale pour conduire ceux qui la respectent à leur avantage mutuel.

Enjeu philosophique: distinction droit/morale Ce qui vaut pour une simple règle vaut peut-être aussi pour les lois juridiques : il faut appliquer les lois, non pas parce que c'est bien moralement, mais parce que c'est mieux pour tout le monde ! Le droit, donc, n’est pas la morale. Et cette obéissance automatique aux lois n'est finalement pas si risible que cela. Peut-être que les hommes ne réfléchissent pas, mais ils font quand même ce qui est le mieux pour eux… Pourquoi ? D’où leur vient une telle sagesse sociale ? 

Approfondissement de la réponse apportée à la question posée par le constat initial Les premiers États ne sont pas apparus suite à des poussées subites de fraternité. Certains propriétaires se sont entendus pour sortir d’une vie hantée par la peur du vol et de la mort. La liberté naturelle des uns entrait tant en conflit avec celle des autres que personne n’en profitait. L’insécurité rendait la liberté insupportable. D’où la nécessité de s’en remettre à une autorité supérieure, l’État, chargé d’assurer la sécurité de tous en faisant respecter des règles communes. Thomas Hobbes a voulu montrer pourquoi les hommes ont passé ce premier contrat. « Le Léviathan » désigne cet homme à qui tous les autres remettent leur liberté, et leurs armes, en échange de la sécurité. C’est ce pacte originel (la liberté naturelle contre la sécurité sociale !) qui institue l’état social . A la peur permanente de tous les hommes, ils préfèrent la peur d’un seul homme, mais tout puissant. Comme le Léviathan dispose du « monopole de la violence légale », les autres violences deviennent hors la loi. Il faut respecter, ou plutôt appliquer les lois parce que c’est la condition de notre vie débarrassée de la peur. Il faut les respecter, ou en tout cas les appliquer, pour pouvoir se consacrer à autre chose qu'à lutter pour survivre. En gagnant la sécurité, le droit de vivre hors la violence, nous gagnons la propriété, mais aussi, écrit Hobbes, la possibilité des sciences et de l’industrie, et même « toutes les douceurs de la vie ». 
Nous prenons notre place dans la file d'attente, mais ainsi nous pouvons penser à autre chose qu'à cette guerre à mort pour être le plus fort.

I. Il faut appliquer automatiquement les lois pour se préserver d’un retour à la violence primitive (suite)

Approfondissement de la première piste Cette sagesse sociale viendrait donc d’un engagement initial : notre réflexe d’obéissance serait la répétition d'une réflexion initiale. Et il faudrait respecter les lois parce qu'on s'y est engagés, pour tenir cette parole par laquelle nous avons décidé de mettre un terme à la violence. 

Soupçon eu égard à cette première piste Mais les choses sont un peu plus compliquées, car nous n’avons jamais donné notre parole. Le Léviathan de Hobbes est une fiction. Un tel engagement, historiquement, n’a jamais eu lieu. Les hommes ne se sont pas réunis au coin d'un feu pour décider de sortir de l'état de nature. Que nous dit alors cette fiction ? Que nous n’avons pas besoin d’avoir « signé » ce contrat pour être engagés par lui. Qu’à partir du moment où nous vivons dans un état social pacifié, nous sommes, de fait, engagés. Puisque nous profitons de la sécurité physique (police), de la sécurité sociale (assurance maladie), nous devons respecter les lois. Chacun de nous peut en faire l’expérience : quand nous sommes nous engagés à respecter les lois ? Jamais. Cet engagement nous a-t-il été demandé le jour de notre majorité ? Non. Mais nous les appliquons comme si nous en avions pris l’engagement. C’est dire combien est automatique notre respect des lois. 
Cette «sagesse sociale» ne vient donc pas d’un engagement initial, mais plutôt de la perception immédiate d’une contrepartie. Je sauve ma peau, donc je paie mes impôts. Je perds ma liberté, mais je préfère la sécurité. J’accepte les contrôles d’identité alors que je suis pressé, l’ouverture du coffre de ma voiture et le faisceau d’une lampe torche sur ma vie privée, mais j’exige en retour de l’État la sécurité. Voila d’ailleurs pourquoi, dans un climat d'insécurité réelle ou simplement ressentie, le respect des lois et de l'État est menacé. Si l’État n’assure pas ma sécurité, il y a rupture de contrat et je reprends ma liberté . 

formulation d’une autre piste. Le principe du respect des lois n’est donc pas moral, mais intéressé.
D’ailleurs, je respecte aussi la loi parce que je souhaite qu’autrui en fasse autant. Comme le malfaiteur ayant intérêt à respecter la « loi du silence » si son acolyte la respecte aussi, mon obéissance aux lois peut être motivée par l’attente d’une réciprocité. Il n’y a qu’à s’arrêter devant certaines portes de toilettes publiques pour comprendre qu’il n’est pas demandé aux hommes de devenir moraux pour vivre en société: «veuillez laisser cet endroit aussi propre en sortant que vous désirez le trouver en entrant ». Traduisons : ne laissez pas les toilettes propres par pur respect d’autrui mais pour les retrouver propres vous-mêmes, ou plus exactement parce que c’est votre avantage mutuel. Cette phrase, en apparence anodine, révèle une logique profonde du fonctionnement social humain, d’ailleurs déjà lisible dans l’Évangile : «tout ce que tu réclames que les autres te fassent, fais le leur ». Si on avait voulu fonder les sociétés sur des rapports moraux entre individus, il aurait été écrit : «tout ce qui te semble bon pour autrui, fais le lui». Mais l’efficacité n’aurait pas été la même… Inutile de demander aux individus de respecter les lois pour des raisons morales: le bon sens et l’intérêt bien compris sont des raisons amplement suffisantes. Et notre intérêt bien compris, c'est d'abord de ne pas retourner à la violence primitive. La loi n’est pas le Bien, mais elle est « mieux » que la nature. Peut-être appliquons nous les lois sans réfléchir, mais cela, au moins, nous le savons.
Dès lors, celui qui pose simplement la question du respect des lois prend le risque de menacer cette victoire sur la violence primitive. L’adolescent rebelle, le philosophe sceptique font maintenant figure d’ingrats. Ils sont accueillis avec méfiance, voire agressivité. A l’inverse, appliquer les lois automatiquement, c’est préserver cette chance d’une vie arrachée à la lutte pour survivre. Ce que Hobbes nomme « pacte d’association » masque alors une réaction de survie : c’est un réflexe déguisé en réflexion . (
Approfondissement de la dernière piste) Notre obéissance aux lois se nomme volontiers liberté politique, ou se rêve enfantée par un « contrat social », mais elle n’est peut-être qu’une ruse de notre instinct de survie. Ce serait alors dans le plus naturel de nos instincts que notre « sagesse sociale » plongerait ses racines. Ce qui est « automatique » chez l’homme, c’est bien de vouloir sauver sa peau - de préférer la paix à la justice. « Mieux vaut une injustice qu’un désordre », écrivait Goethe. Parce que le désordre renferme la possibilité de notre mort à tous , tandis qu’une injustice ne menace que sa victime. 

Changement de plan de l’argumentation «Mieux vaut une injustice qu’un désordre»: c’est aussi, mais pour d’autres raisons, le dernier enseignement de la vie de Socrate. Condamné à mort par les juges athéniens, notamment pour trouble à l’ordre public et « corruption » de la jeunesse, Socrate se trouve la nuit d’avant sa mort devant la possibilité de s’évader. Il refuse cet exil. Ma condamnation est injuste mais il faut la respecter, assène-t-il à ses disciples incrédules. Socrate sait qu’en refusant la loi il donnerait un exemple dangereux à tous les athéniens – il veut préserver leur obéissance aux lois -, et qu’il donnerait raison aux juges qui l’ont condamné . Toute sa vie, il a été protégé par les lois de la cité, et c’est l’application d’une de ces lois qui maintenant le condamne. Il mourra. Que signifie le choix de Socrate ? Qu’une loi peut être imparfaite, ou son application injuste, mais que notre désobéissance peut être pire encore. Nos actions, dans une société, ne regardent pas que nous. Ce n’est pas sous le regard de Dieu que nos actes sont jetés, mais sous les yeux des autres hommes - désobéir, c’est donner envie de désobéir. 

Socrate le sage sait peut-être aussi que la perfection n’est pas de ce monde, et que les lois sont nécessairement imparfaites. « Il faudrait des dieux pour donner des lois aux hommes », écrira Rousseau. Eux seuls pourraient, régnant au dessus de notre agitation, voir l’intérêt général et les lois parfaites capables de l’incarner. Mais les lois sont faîtes par des hommes. Elles sont dès leur élaboration menacées d’anachronisme, puisque les mœurs évoluent sans cesse. Et elles sont nécessairement relatives, sensibles aux différences culturelles de ceux qui les votent. L’imperfection des lois ne peut toutefois pas être un argument pour les refuser. Elles n’ont pas besoin d’êtres parfaites pour rendre possible cette vie ensemble, qui est elle même la condition de notre perfectionnement. Si chacun désobéissait à la loi à la moindre de ses imperfections, il n’y aurait pas de société possible. Encore une fois, le droit n'est pas la morale. La morale dit le Bien et le Mal, avec une ambition universelle. Le droit dit la norme pour vivre ensemble à un moment donné et dans un lieu donné. 

Argument supplémentaire en vue de l’obéissance automatique aux lois, nouveau plan de l’argumentation Socrate l’avait compris : respecter une loi qui ne nous arrange pas peut être une façon d’exprimer notre désir de vivre ensemble. En démocratie, nous devons respecter, même si nous la désapprouvons, une loi votée par la majorité. Comme Socrate, nous sommes alors en désaccord avec une loi mais l’appliquons quand même. Parce que ce désaccord ne menace pas notre accord sur l’essentiel : nous voulons vivre ensemble. Cet engagement que nous n'avons jamais pris solennellement, peut-être le prenons nous finalement chaque fois que, " bons citoyens ", nous respectons les lois. [Approfondissement de la réponse]Il faudrait respecter les lois, non plus simplement pour sauver sa peau, mais pour réaffirmer chaque fois, dans un réflexe citoyen, notre désir de vivre ensemble.

Soupçon, transition Mais une telle attitude comporte les pires dangers. Si nous respectons les lois uniquement pour exprimer notre désir citoyen, notre attention à la loi elle-même risque de s’en trouver amoindrie. La certitude d'agir en " bon citoyen" pourrait même nous rendre aveugle au contenu inadmissible d’une loi.
Si vraiment désobéir à une loi injuste revient, comme veut le montrer Socrate, à menacer l’existence même des lois, alors nous ne désobéirons jamais et finirons par obéir à des lois inhumaines. 
Il y eut probablement en France, quand furent promulguées les premières lois antijuives de Vichy, des hommes qui appliquèrent ces lois non par antisémitisme, ni par peur de la sanction, mais parce qu’il leur était simplement impossible d’envisager une désobéissance . Le « réflexe citoyen » est encore un réflexe, c’est-à-dire une menace sur la réflexion. Notre jugement est comme un muscle, il demande à être entretenu. Or, l’obéissance automatique aux lois met en suspend le jugement. Rares furent ceux qui s’opposèrent, dans la France de Vichy, aux premières lois antijuives. L’organisation, en 1942, de la rafle du Vel D’hiv, nécessita l’obéissance de 4500 fonctionnaires. Les hommes alors n’étaient pas tous de vrais salauds. Beaucoup, en revanche, étaient de vrais légalistes : ils appliquaient les lois automatiquement, sans se poser de questions. 

II.  L’obéissance automatique aux lois comporte les pires dangers.

Bilan, annonce du rebondissement, dramatisation de la progression Le respect des lois répond à l’intérêt ou à l’habitude, à l’instinct de survie ou au réflexe citoyen – pas à l’impératif moral. Cela semble acquis. 
Pourtant, le jour où une loi inhumaine apparaît sur la scène de l’Histoire, c’est bien en hommes moraux qu’il nous faut nous dresser. Résumons [
Formulation d’un paradoxe] : on nous demande d’obéir aux lois pour des raisons non morales mais de savoir leur désobéir, le jour où il le faut, en retrouvant subitement notre sens moral. Le problème, c’est que notre obéissance automatique aux lois risque d’anesthésier un tel sens moral. Si cet automatisme est dangereux à ce point, c’est peut-être qu’il exprime autre chose qu’une « intelligence sociale » ou un instinct de survie, qu’il cache une démission profonde de l’être humain.

Au début, la loi est perçue pour ce qu’elle est vraiment : une contrainte par corps. Stationnement interdit, date limite du paiement de l’impôt, interdiction de la vengeance personnelle… Ce sont autant de mouvements spontanés que les lois nous refusent . Mais l’habitude aidant, cette contrainte n’est plus ressentie comme telle. Elle devient indolore, comme naturelle, et nous finissons par obéir aux lois aujourd’hui pour la seule raison que nous leur obéissions hier. L’habitude est chez l’animal humain une seconde nature. « On s’habitue à tout », dit le sens commun, qui s’habitue surtout à obéir. Obéir est souvent plus facile que désobéir. Obéir nous épargne l’hésitation, la décision que réclamerait la désobéissance. Hésitation, délibération, décision : autant de termes signant justement le registre du dilemme moral. L’obéissance aux lois qui se fait par habitude a pour première conséquence de gêner un rapport moral au monde et aux autres. Une relation morale au monde implique en effet une déchirure entre mon égoïsme naturel et mon aspiration au bien, ou au moins une réflexion sur ce qui est bien – autant de dimensions absentes d’un comportement automatique. 

Mais plus généralement, une telle obéissance automatique aux lois est symptomatique du péril qui guette nos existences modernes : un émoussement de notre réactivité, de notre jugement, de notre volonté – bref, écrit Nietzsche, de toutes nos qualités individuelles. Au point que nous ne soyons plus capables de nous opposer à une loi inhumaine, non pas ici parce que nous ne savons plus reconnaître le mal , mais parce que nous avons perdu l’habitude de nous élever, en tant qu’individu, contre la loi du groupe. Le confort de nos existences socialisées, notre légalisme, nous avertissait déjà Nietzsche, risquent de faire de nous des hommes dénaturés : à l’état de nature, la menace permanente de la mort nous imposait au moins une vigilance de chaque instant, un état d’alerte de toutes nos facultés. D’ailleurs, c’est peut-être cet état que le hors la loi retrouve lorsqu’il est en cavale, et qui le rend si fascinant. 
La loi est une règle commune et nous sommes uniques. Notre singularité est donc, par définition, niée par une telle obéissance à une loi générale. L’âge légal de la majorité, en France, est de dix-huit ans. Mais certains sont mûrs à quinze ans quand d’autres ne le sont jamais. L’empressement des hommes à respecter ces règles communes traduit pour Nietzsche une peur du singulier, de tout ce qui est unique. C’est le triomphe du « plus petit dénominateur commun » sur lequel les lois, faîtes pour organiser la vie ensemble, se règlent nécessairement, interdisant l’expression d’une singularité supérieure. Les lois sont faîtes pour permettre au troupeau de vivre comme un troupeau. Chaque jour, en appliquant ces lois qui sont les mêmes pour tous, nous oublions que nous sommes uniques. Difficile alors, le jour où il le faudrait, de se dresser, seul, contre une loi inique.

Le droit est né selon Nietzsche de la victoire des faibles sur les forts. Comment ont-ils donc faits ? Ils étaient simplement plus nombreux, ceux qui n’en pouvaient plus, ne supportaient plus la vérité des rapports de force. C’est parce qu’ils ne supportaient plus la « loi » de la nature qu’ils ont inventé les lois de la société, et les supportent si bien. Mais cette lutte entre les faibles et les forts peut aussi s’entendre comme un combat, en l’homme, entre la faiblesse et la force. Un jour l’homme prit peur et il créa le droit ; il s’en remit à la loi pour ne plus avoir à imposer la sienne . 
Or, le Contrat social évoqué par Hobbes étant avant tout un pacte sécuritaire, il vient lui aussi de cette peur à laquelle il est censé mettre fin. Pourquoi ce qui vient de la peur favoriserait-il le courage ? Si vraiment c’est la peur qui a fait de nous des êtres sociaux, respectant les lois, alors devant des lois injustes, voire inhumaines, il est probable que nous nous comporterons encore comme des hommes peureux, incapables donc de désobéir. Plus encore, si notre obéissance aux lois se justifie par notre préférence pour la sécurité (au détriment de la liberté), si donc nous respectons les lois uniquement parce que c’est la condition de notre tranquillité, alors rien ne nous obligera à désobéir à une loi inhumaine mais qui ne nous viserait pas personnellement, et ne mettrait pas en danger l’ordre public. Pourquoi en serait-il autrement si la seule chose qui justifie notre respect des lois est le souci d’ «avoir la paix»? 
Nous saisissons mieux comment de tels individus, oubliant qu’ils sont des individus au cœur même de leur obéissance aux lois, ont pu être instrumentalisés par les totalitarismes. A partir du moment où un régime autoritaire veut perpétuer des crimes à grande échelle, il a besoin de l’obéissance automatique aux lois. C’est une question d’efficacité politique : « le plus fort n’est jamais assez fort(…) s’il ne transforme sa force en droit », écrivait Rousseau. Non seulement la force ne suffit pas, mais les hommes obéissent si docilement aux lois…pourquoi les tyrans s’en priveraient-ils ? 

II.  L’obéissance automatique aux lois comporte les pires dangers. (suite)

Il ne faut pas respecter les lois, trop générales, mais la puissance de sa volonté singulière, avait écrit Nietzsche cinquante ans auparavant . Cet individualisme, certes outrancier, aurait au moins prémuni les hommes d’une collaboration au projet politique du nazisme, que leur respect des lois signa au contraire. Le « succès » des totalitarismes au XX° siècle ne s’explique pas seulement par l’existence dans la nature humaine de pulsions mauvaises, agressives ou racistes, ni par l’irruption dans l’Histoire d’un mal tombé du ciel, mais aussi par ce légalisme dénoncé par Nietzsche. L’obéissance automatique aux lois était censée nous protéger du mal, d’une vie de violence et de peur. Elle a fait de nous les collaborateur du pire: la barbarie industrielle d’État. L’Allemagne, une certaine France aussi, ressemblent alors à ces femmes violées qui, parce que l’avortement était illégal, ont gardé l’enfant de leur viol et leur en ont voulu toute leur vie. Parce qu’elles s’en voulaient à elles mêmes de n’avoir pas trouvé le courage de désobéir à la loi. La loi est parfois mauvaise, elle est toujours trop générale : deux bonnes raisons de s’en méfier. Tout ce qui est général est une menace pour l’individu, nous avait averti Nietzsche: tout « général » peut devenir un tyran. Nécessité de progresser dans la réflexion, rebondissement du questionnement Reste à savoir pourquoi les hommes s’y soumettent si facilement. 

Première piste S’il est plus facile d’obéir – à la loi, mais aussi au tyran, à l’habitude, à Dieu…, c’est peut-être parce que cette obéissance automatique est une occasion dont les hommes s’emparent pour se soulager du poids écrasant de leur liberté absolue. Cette idée, sartrienne, d’une liberté absolue peut surprendre si nous considérons les différents « déterminismes » pesant sur nous. Mais justement, répondait-il, invoquer ces « déterminismes » pour justifier l’impossibilité d’une action relève de la lâcheté, de la «mauvaise foi». Le déterminisme social ? Une simple situation de départ. Le déterminisme de nos besoins naturels ? Il ne pèse d’aucun poids devant le choix d’un suicide ou d’une grève de la faim. Notre liberté peut donc être dite absolue, et les hommes qui prétextent ces « déterminismes » pour ne pas l’assumer qualifiés de salauds . L’obéissance automatique aux lois devient pour eux une bonne occasion de mauvaise foi, une chance à saisir pour échapper à leur responsabilité d’hommes libres, céder à la passion de la servitude. 

Approfondissement de cette première piste Mais il y a pire, peut-être : une forme de jouissance. Ainsi s’expliqueraient aussi les totalitarismes au XX° siècle. La peur de la sanction ne suffit pas à expliquer l’ampleur de la soumission des uns , et elle n’explique pas du tout l’adhésion des autres. Peut-être aussi jouissaient-ils de n’avoir plus à porter le fardeau de leur liberté, de cette jouissance, qui n’est pas le plaisir mais une satisfaction beaucoup plus insidieuse, compatible d’ailleurs avec une certaine souffrance, ou mauvaise conscience.
C’est peut-être une telle jouissance, plus encore qu’un simple instinct de survie ou qu’un réflexe citoyen, qui explique l’obéissance automatique aux lois. La liberté humaine est un fardeau : elle nous rend responsables de nos choix, et cela nous angoisse. L’obéissance automatique aux lois permet de s’alléger de ce fardeau à peu de frais, en se donnant de surcroît de grands airs « citoyens ». L’exemple du conducteur de train, non antisémite, mais continuant à mener les déportés vers les camps de la mort, mérite que nous nous y arrêtions. Pourquoi ne désobéit-il pas ? Pour conserver son travail ? Par une sorte de respect aveugle pour l’autorité de laquelle émanent les lois, ou les ordres ? Parce que l’obéissance automatique lui a ôté tout conscience morale ? Peut-être. Mais peut-être aussi parce qu’il en retire une jouissance qu’il ne veut pas s’avouer. Non pas du plaisir - probablement sa situation est-elle quand même un peu désagréable…- mais une satisfaction indirecte, plus difficilement perceptible : soulagé du fardeau de sa liberté, se persuadant qu’il n’a pas le choix, il se laisse porter par les lois auxquelles il obéit avec le même automatisme que lorsqu’il conduit son train. Il se dit que ce n’est pas de sa faute, qu’il n’y peut rien, et puis il ne se dit plus rien.

L’obéissance automatique aux lois devient alors le masque d’une déresponsabilisation de l’homme. «C’est pas moi, c’est les lois!»: telle sera en substance la réponse des fonctionnaires nazis à ceux qui leur demanderont des comptes. Plus généralement, les hommes justifient leur obéissance automatique aux lois en invoquant soit une nécessité («on n’a pas le choix»), soit une obligation morale («c’est bien de respecter les lois»), soit enfin la légitimité des lois («les lois sont justes»). Nous avons là trois figures exemplaires de cette mauvaise foi dénoncée par Sartre :

Obéir aux lois serait une nécessité ? La menace de la sanction, ou d’un retour du chaos primitif, ne nous laisserait aucun choix? Faux. Toute loi juridique comporte deux éléments : la règle commune et la sanction prévue pour celui qui l’enfreint. Le fait que la désobéissance à la loi soit prévue par la loi signifie tout simplement qu’elle est possible! . Nous pourrions même penser que les lois, en prévoyant le cas de ma désobéissance, « provoquent » ma liberté. 

Obéir aux lois serait une obligation morale ? Faux, encore une fois. Le propre de l’obligation morale, c’est qu’elle vient de l’intérieur de l’individu. Lorsque j’estime que je dois respecter autrui, je n’y suis pas forcé de l’extérieur, par un parent ou par la police. Si je devais y être forcé, cela signifierait justement que je ne le respecte pas. Or, la loi juridique est une règle régissant du dehors l’activité des hommes. La présence de la police et la menace d’une sanction judiciaire prouvent que c’est d’abord de l’extérieur que l’homme est contraint au respect de la loi. Pour que nous respections les lois par pur impératif moral, il faudrait que nous ne soyons ni surveillés ni menacés de la moindre sanction. Nous pourrions alors éprouver la grandeur du choix moral, cet instant où le choix du bien ne vient vraiment que de nous.

Enfin, les lois seraient légitimes, justes? C’est tout aussi faux. Les lois ne sont pas absolues, mais relatives, déterminées dans le temps et l’espace. Elles ne sont pas subjectives comme l’exigence de justice, mais objectivement gravées dans des textes que « nul n’est censé ignorer ». L’avortement, légal aujourd’hui en France, ne l’était pas hier, et ne l’est toujours pas en Grèce ou en Irlande. En France, la même référence à la nature humaine est brandie par les défenseurs de ce droit et par les commandos anti-IVG qui le jugent illégitime. Pour les premiers, l’embryon n’est un être humain qu’à la douzième semaine. Pour les seconds, il l’est dès le premier jour. Ce qui est légitime pour les uns ne l’est pas pour les autres. Mais ce qui est légal pour les uns l’est aussi pour les autres. Rien ne peut venir légitimer parfaitement les lois, ni la tradition, ni la référence à l’avenir, pas même le respect de grands principes universels comme les droits de l’homme . Preuve en est de ces systèmes juridiques qui respectent tous les droits de l’homme mais jugent le même crime, passionnel par exemple, d’une façon très différente. Lequel de ces jugements est légitime?

II.  L’obéissance automatique aux lois comporte les pires dangers. (suite)

Bilan intermédiaire Les lois ne sont que légales… Et nous ne sommes forcés ni par la nécessité ni par la morale à les respecter. La propension des hommes à s’inventer une absence de choix est une source intarissable d’étonnement. Il faut croire qu’ils y tiennent, à leur jouissance, ou à leur bonne conscience, et que notre question la menace. D’où leur agacement, voire leur agressivité : c’est le poids, de nouveau, de la liberté sur leurs épaules, la morsure du doute…

Nouvelle piste Peut-être l’explication est elle enfin en son fond religieuse. Notre civilisation est l’enfant du premier monothéisme , la religion juive. Or, il s’agit de la religion de la Loi. Depuis que Dieu a dicté à Moïse les tables de la loi, c’est dans le respect de ces commandements divins que réside une vie vraiment humaine. C’est de là aussi que vient la résonance lointaine du mot loi dans l’inconscient occidental. Les hommes respecteraient les lois juridiques comme on respecte la loi de Dieu. Habitués à croire en Dieu, ils se comporteraient face aux lois encore comme des croyants. D’où leur absence de sens critique, et leur obéissance automatique.
Mais si les lois ne sont jamais absolument légitimes, un tel rapport aux lois n’a plus de sens. Et notre obéissance frise l’absurde : pourquoi, si les lois ne sont pas justes, substituer à l’injustice naturelle ( normale puisqu’à l’ « état de nature » tout est rapports de force ) une injustice artificielle ?

transition, tentation La tentation surgit alors de rejeter les lois. Pour certains anarchistes, l’harmonie sociale résulterait d’un ajustement naturel, de l’absence pure et simple de lois. C’est aussi ce que préconisent, dans la sphère économique, les ultra libéraux : l’absence de réglementation permettrait au marché d’atteindre son optimum « naturel ». Mais dans les deux cas, l’idéal de l’égalité est abandonné au profit d’une réalité qui n’est autre que la « loi » du plus fort, et donc la violence. Les lois sont peut-être imparfaites, mais nous n’avons rien trouvé de mieux pour limiter la violence. nouveau bilan intermédiaire Nous ne pouvons donc pas les refuser, mais nous ne pouvons pas non plus les appliquer automatiquement. Nous sommes donc contraints, non de leur obéir simplement, mais de nous demander toujours s’il faut ou non les respecter. C’est plus fatiguant. Il faut trouver le temps, l’espace aussi pour une telle question, mais c’est la condition d’un rapport vraiment humain aux lois.
  
Cette transition s’articule simplement sur la distinction conceptuelle posée en introduction : appliquer/respecter. Lorsque vous cherchez une transition, tournez vous vers les distinctions initiales de l’introduction.

III. Il faut respecter les lois en se méfiant autant des lois que de notre obéissance.

Lorsque la démocratie est née, elle n’était pas représentative mais directe. Les citoyens athéniens, assemblés sur l’agora, votaient à main levée. C’était à l’instant du débat préalable au vote qu’ils se posaient la question du bien commun. La démocratie était une pratique quotidienne, la délibération se faisait avec les autres. Mais la taille et la complexité de nos nations modernes rendent cette démocratie directe impossible. Nos démocraties sont désormais représentatives. Notre rapport quotidien à la loi n’est donc plus de l’élaborer, mais d’y être confrontés : nous ne nous demandons plus si la loi est respectable avant de la voter, reste donc à se demander si elle est respectable avant de l’appliquer. Nous ne délibérons plus quotidiennement avec les autres, essayons au moins de délibérer avec nous-même. Et si la dimension quotidienne de cette délibération est à ce point décisive, c’est que la lutte contre notre égoïsme naturel demande au moins une telle pratique. C’est pour donner sa chance au citoyen en nous. Si, par exemple, je me trouve devant la possibilité de cacher une rémunération mais la déclare dans un geste automatique, ou par peur de la sanction, j’adopte un comportement soit disant « citoyen ». Pourtant, je ne me représente à aucun instant l’intérêt général, et je ne fais aucun effort pour faire primer en moi le citoyen sur l’individu. Mais si, raisonnant, je décide de la déclarer en considérant, ce qui ne m’est pas naturel, la nécessité de la redistribution pour l’intérêt général, alors c’est le citoyen qui, en moi, triomphe de l’individu. Dans les faits, c’est pareil. Pourtant, dans le premier cas, je reste le même, et dans le second, je change ; je deviens citoyen. De plus, c’est en nous représentant ainsi la situation du point de vue de l’intérêt général que nous allons peu à peu nous percevoir comme les habitants d’un monde commun, et que vont être instaurés entre nous des liens de solidarité, voire de fraternité. Sans de tels liens, aurions nous vraiment envie de désobéir à des lois menaçantes pour d’autres que nous ? 

Appliquer automatiquement les lois ne tisse en revanche entre les individus aucun lien de ce type, une des motivations d’une telle obéissance étant justement le confort ou la tranquillité personnelles. L’obéissance automatique aux lois ne change pas un homme : elle le prend égoïste et le laisse égoïste. Nouvelle réponse Ce n’est pas parce que nous n’avons pas le choix qu’il faut respecter les lois. C’est parce que nous faisons le choix de devenir meilleurs qu’il faut se poser la question de leur respectabilité. Être citoyen, c’est penser les lois non simplement comme des contraintes nous évitant de nous entretuer, mais comme un moyen de devenir meilleurs, plus citoyens, et même plus humains. C’est respecter les lois et non simplement les appliquer, les respecter finalement comme on respecte autrui : par une démarche active et réfléchie, qui donc n’est pas la simple tolérance, et dont nous pouvons revenir changés. Toujours la même distinction conceptuelle… Appliquer automatiquement les lois, ce n’était pas les respecter mais simplement les tolérer. Ce n’est pas d’évacuer la question en appliquant automatiquement aux lois qui fera de nous un citoyen, c’est de se la poser toujours. Ou au moins d’essayer. Il y a des réflexions citoyennes, il y a des efforts citoyens. Il n’y a pas de « réflexe citoyen ». 

Critique de cette nouvelle réponse, rebondissement Mais le problème, c’est que même si nous pouvions, et voulions, examiner ainsi les lois, un tel examen critique serait peut-être bon pour l’individu…mais pas pour la société ! La citoyenneté individuelle en sortirait certes grandie mais le respect de l’ordre social en serait menacé, fragilisé par cette multiplication de regards subjectifs sur l’intérêt général. Paradoxalement, l’individu deviendrait vraiment « citoyen »…mais en mettant en danger la société. Cette délibération personnelle reviendrait finalement à une posture morale, définie comme une relation de l’homme à sa propre conscience. Or, la politique n’est pas la morale. La morale est affaire d’intention, de bonne intention. La politique doit être efficace. La volonté générale, c’est ce que nos représentants ont voté, non ce que chacun estime être la volonté générale.
Il y a donc nécessairement, dans nos démocraties modernes, une dimension d’obéissance automatique incompatible avec cette délibération qui, seule, pourtant, pourrait nous rendre meilleurs. Non seulement nous n’avons pas débattu les lois ensemble, mais la délibération personnelle est à la fois impossible concrètement et dangereuse socialement. Nous semblons condamnés à cette obéissance automatique qui assure peut-être l’ordre social mais nous menace en tant qu’individus.
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Rebondissement du questionnement

Commentaires (1)

Anonyme le 07/02/2019
oui car la loi de Socrate indique qjuèil est mort pour le peuple !


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